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MAMADY KEITA, UN MAITRE DU DJEMBE DE LA TRADITION MALINKE |
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Biographie Musicale
C'est à Balandugu, un petit village de la région du Wassolon, dans le nord-est de la Guinée, que Mamady vit le jour en 1950. Fadjimba, son frère, raconte qu'ils pleuvait beaucoup en ce mois d'août, au moment de sa naissance.
Balandugu est un petit villages tranquille à vocation agricole, dans, lequel les femmes font également un peu le commerce des légumes, des étoffes, etc.
Ecoutons ce que nous en dit Mamady : "A l'époque de ma naissance, le village était sous administration coloniale. Nous autres, les enfants, avions peur des colonisateurs. Ils arrivaient avec leurs jeeps et emportaient tout simplement avec
eux les garçons les plus âgés pour les enrôler de force dans l'armée française. Certains d'entre eux ne sont d'ailleurs jamais revenus.
Nassira, ma mère, était la première femme de mon père, Toumany Keïta. Mon père était chasseur et connaissait très bien les plantes. J'étais le septième des enfants de la ferme qui comptait plusieurs maisons. Dans une autre maison habitait Welende, la deuxième femme de mon père. Mon père mourut quand j'avais sept ans. On organisa à cette occasion une grande cérémonie à laquelle prirent part les chasseurs de toute la région. On me dit dès mon plus jeune âge que je serais percussionniste. Une voyante avait prédit à ma mère, avant même ma naissance, que son fils serait connu aux quatre coins du monde. Mon talent s'exprima très tôt par le fait que je tapais en rythme sur tout ce qui me tombait sous la main.
Et c'est ainsi qu 'à deux ans, on me donna mon tout premier petit djembé dont je ne me séparais jamais. Je le prenais même avec moi dans mon lit.
Quand j 'eus atteint l'âge de cinq ans, mes parents me confèrent djembéfola du village pour qu 'il m'apprenne à jouer.
Karinka Djan Condé, mon maître,n'était pas un musicien connu, et il menait au village une petite vie anodine de paysan. Mais c'était un véritable maître qui pratiquait cet instrument depuis des décennies et il en connaissait la magie et la tradition. Un djembéfola, c'est ainsi que l'on appelle un maître du djembé, doit maîtriser tous les rythmes et il doit aussi savoir exactement quand et à |
quelle occasions ils sont-joués. Mais il y a aussi les sons du djembé que le maître ne
transmet qu'à un seul élève qui se consacre corps et âme.
Mon maître connaissait les sept secrets du djembé et il m 'a initié à ces secrets : c 'était pour moi un grand honneur, mais aussi une lourde responsabilité.
Car il faut aussi connaître les vertus du djembé, c'est à dire savoir comment acquérir puissance et précision de jeu et
par là certaines pratiques magiques, comme par exemple le pourvoir de se protéger contre des influences néfastes. |
 Mamady (in the middle) with ballet Djoliba 1981 |
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On doit naturellement être très prudent avec de telles pratiques en Occident où l'on n'est pas initié à la tradition."
Dès l'âge de dix ans, Mamady jouait dans toutes les fêtes de village au côté de son maître. Le pays avait entretemps acquis son indépendance. A treize ans alors qu'il jouait pour la visite officielle d'un gouverneur, celui-ci fut si impressionné par le talent de Mamady qu'il en parla au directeur du ballet régional de Siguiri.
"Cet homme, Balanka Sidiki, était chargé de sélectionner les musiciens pour le festival de musique de Conakry et c 'est ainsi qu'un jour il vint me chercher à Balandugu. Il parla avec mon grand frère, la famille et le chef du village. La famille ne voulait pas me laisser partir, mais je dus quand même me préparer au départ : c'était comme une vocation.
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Et c'est ainsi que je partis tous d'abord pour un an à Siguiri, la capitale de notre province, où nous nous sommes préparés pour le grand festival national de Conakry.
Fin 1964, je me rendis dans la capitale où, avec cinq cents autres musiciens et danseurs, je fus sélectionné pour le Ballet National. On nous a alors emmenés sur l'île de Loos sur laquelle nous sommer restés neuf mois pour nous entraîner ensemble. Nous jouions tous les jours des heures durant. C'est là que j'appris des rythmes d'autres régions de Guinée.
Chacun de nous dut jouer devant une commission culturelle et, après le festival, le Ministre de la Culture et de la Jeunesse, il s 'appelait Keïta Fodéba, publia la liste des artistes sélectionnés. |
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En plus de moi, il y avait quarante cinq artistes de toute la Guinée, dont cinq percussionnistes pour le djembé et le dundun.
Keïta Fodéba baptisa ensuite notre groupe "Djoliba", qui est le nom du Niger en Haute Guinée. Nos premiers concerts nous
emmenèrent au Ghana, au Libéria et en Egypte.
Nos premières tournées internationales eurent lieu à partir de 1966. J'allais en Chine, puis en Europe. C'est au Festival
International de Folklore d'Agrigente, en Sicile que je remportai en 1967, ma première médaille d'or."
En 1969, à 19 ans, Mamady remporta sa deuxième médaille d'or, à l'occasion du Festival Panafricain d'Alger où il fut
consacré "meilleur percussionniste d'Afrique".
Depuis, un nombre incalculable de tournées ont conduit Mamady entretemps soliste de la troupe, plusieurs fois autour du monde et entre autres vu l'orientation politique de la Guinée tous les pays de l'est.
En 1979, il fut nommé directeur technique et artistique du ballet.
"J'occupai cette fonction jusqu'en 1984. Après la mort du président Sékou Touré, le pays s'ouvrit vers l'extérieur et je pus, pour la première fois, réfléchir à ce que je voulais faire réellement.
J'avais certes des médailles et des diplômes, et j'avais fait le tour du monde pour représenter notre pays, mais j'étais
toujours pauvre, comme tous les autres musiciens du ballet. Je ne voyais aucune perspective financière, ni pour moi ni pour
ma famille. |
Je partis pour la Côte d'Ivotre en 1986 et v jouai dans le groupe Koteba, de Souleman Koly Au cours d'une tournée,
je fis la connaissance de deux Belges qui souhaitaient fonder une école de percussion à Bruxelles. Cette école, "Zig
Zag", ouvrit en l988. Nous avons travaillé ensemble jusqu 'en 1991.
Je mis peu après au point mon propre programme d'enseignement et fondais mon école "Tam Tam Mandingue". Je me
concentrais d'une part sur mes cours, mais cherchais d'autre part des musiciens africains pour mon groupe "Sewa Kan"." |
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Grâce à ses méthodes d'apprentissage précises et rationnelles du djembé et des rythmes traditionnels, Mamady devint
rapidement un maître très prisé en Europe, au Japon et aux Etats-unis.
Mamady a enregistré huit CD entre 1989 et 2002, dans lesquels il oscille entre une manière de jouer traditionnelle et une
manière spectaculaire.
Il vit à Bruxelles depuis 1988 avec Véronique, sa femme, et sa famille mais souhaiterait à l'avenir vivre et travailler
plus souvent et plus longtemps en Afrique, et également trouver un bon équilibre entre l'Europe et l'Afrique.
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Mamady Keita a life for the djembé Uschi Billmeier Editions Arun, 1999
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